Récemment, il y a eu dans notre actualité un très bel exemple de ce que j’appelle la normalisation des extrêmes (et tout particulièrement de l’extrême-droit). Le sujet est resté sous le radar des journalistes, et c’est d’autant plus étonnant qu’il est particulièrement choquant. Il concernait les manuels d’Histoire, et il est d’après moi symptomatique du dérèglement en cours. Tout récemment, j’ai participé à un incentive à Lyon où mes collègues et moi avons eu l’occasion d’en discuter. Et j’ai été soulagé de voir que je n’étais pas le seul à être interloqué. Plusieurs candidats LR ont quand même proposé de faire réécrire les livres d’Histoire présentés aux élèves, de manière à ce que l’Histoire soit enseignée comme du catéchisme : comme un récit patriotique et porteur plutôt que comme une série de situations complexes et pas toujours à notre avantage. Je me doute que le contenu de l’éducation laisse de marbre, et j’avoue que moi-même je n’y attache pas grande importance en général, mais l’enjeu est beaucoup plus important ici qu’il n’y paraît : il en va de l’avenir de nos enfants, et du recul critique qu’on souhaite leur inculquer. Car c’est bien déformer les faits, ce que proposent Fillon et compagnie, et tout cela laisse transparaître un effondrement inquiétant de la société vers l’extrémisme. La droite s’est tellement orientée vers l’extrême-droite ces dernières années (dans l’espoir irresponsable d’en récupérer les électeurs, alors que ce geste n’a fait que consolider la position et la crédibilité du FN ; merci, Sarkozy) qu’elle en est aujourd’hui une copie à peine édulcorée sur de nombreux sujets. Que des politiciens « normaux » plaident désormais pour un révisionnisme historique est tout à fait symptomatique de ce qui se joue ici. La droite ne lorgne plus vers le FN ; elle entérine tout simplement son programme, à force d’en récupérer des fragments. Et contribue à ce que sa pensée se généralise fortement. A preuve, la population considère désormais ceux qui s’offusquent de cette radicalisation comme de sales bobos gauchos ; et même à gauche, les discours de gauche sont discrédités ! A part ça, j’ai bien apprécié cet incentive à Lyon. D’ailleurs, je vous mets en lien l’agence qui s’en est chargée : le planning était à mon sens tout simplement parfait.