La dette publique est désormais financée essentiellement, en France, par les marchés de capitaux. Les implications sont différentes selon que ce financement repose pour une très large part sur un financement domestique ou sur un financement par des investisseurs internationaux. Dans le cas d’un financement domestique, essentiellement par les opérateurs publics et les ménages (cas du Japon), l’État subit un peu moins la pression des marchés et des agences de notation, même si, désormais, les agents résidents souscrivent majoritairement des emprunts d’État sur les marchés par le biais des OPCVM ou des assurances-vie. De plus, en cas d’emprunts domestiques, lors du remboursement ou même du paiement des intérêts, l’argent revient automatiquement au sein du pays, sans transfert de richesse vers l’extérieur. Lorsque le financement s’opère sur les marchés financiers, il est essentiel de conserver la confiance des prêteurs (résidents ou non) afin d’éviter une remontée des taux des emprunts. À cet égard, le rôle des agences de notation devrait être d’alerter les États sur la nécessité d’agir. Toutefois, se pose le problème de la fiabilité du jugement de ces agences qui, de plus, raisonnent à court terme et de manière purement financière, sans intégrer l’aspect patrimonial de la comptabilité publique. Le « temps » des États n’est pas celui des agences, les États se projettent dans un avenir que les agences ne perçoivent pas. De plus, la dégradation de la note d’un État est généralement suivie de dégradations en chaîne des organismes qui dépendent de lui, ce qui aggrave d’autant plus la situation du pays. Les institutions financières souscrivent aux emprunts d’État soit pour le compte de leur clientèle ou de leurs filiales (SICAV et fonds communs de placement, assurance-vie), soit pour leur propre compte, les emprunts d’État pouvant servir de support de refinancement sur le marché monétaire. C’est ce rôle, très spécifique dans le cas des Bons du Trésor américains, conjugué au fait que cette monnaie de réserve est achetée au titre de leurs réserves de change par nombre de banques centrales dans le monde entier, qui explique la facilité de financement du Trésor américain en dépit de l’ampleur de sa dette et la relative stabilité des fonds ainsi placés. Toutefois, les réformes bancaires (Bâle III notamment) conduiront à un renforcement des fonds propres des banques destinés à couvrir leurs crédits, fonds propres qui sont coûteux et parfois même difficiles à obtenir. Cette nouvelle réglementation pourrait avoir des répercussions sur la distribution et le coût des crédits aux agents non financiers, État compris et freiner ainsi les indispensables investissements de développement des entreprises, notamment des PME, qui auront du mal à chercher des capitaux sur les marchés. Le financement de la dette publique par les non résidents est devenu très important en France : près de 70 % du total et constitue de ce fait un élément significatif pour la soutenabilité de la dette en accroissant la dépendance à l’égard des marchés financiers.