La politique de mixité sociale en France

Contrairement aux autres pays de l’OCDE, dans lesquels les politiques de mixité sociale à l’école se sont développées depuis les années 1990 (quand ils étaient confrontés à des phénomènes de ségrégation scolaire et sociale), la France est marquée à la fois par la faiblesse des outils d’évaluation de ce phénomène et par des politiques trop peu volontaristes pour faire évoluer significativement la situation. La réforme de 2007 d’assouplissement de la carte scolaire n’a pas eu les effets bénéfiques prévus. Certes quelques académies, comme Paris, ont vu les taux de boursiers progresser dans leurs lycées les plus élitistes, mais les procédures Affelnet, orientées sur l’objectif trop rustique de progression des boursiers dans les lycées favorisés, n’ont pas permis de diversifier socialement la composition des lycées. Les analyses n’ont de plus pas été assez poussées pour analyser les carrières de ces boursiers dans des établissements peu adaptés à leur accueil faute de développer les conditions pédagogiques favorables à leur intégration sociale et scolaire. Le quinquennat de Hollande a été marqué par l’introduction d’un objectif de mixité sociale dans l’école française, placé en introduction du préambule de la Loi de Refondation de l’école de la République (2013). Mais, si le MENESR (DEPP) a développé à mi-mandat des outils nouveaux pour mesurer les mixités sociales et scolaires mais non la mixité d’origine migratoire qui reste tabou, aucune politique volontariste nationale de ségrégation scolaire n’aura marqué ce quinquennat. Tout au plus, le MENESR a-t-il promu à l’automne 2015, dans une logique bottom-up, des expérimentations autour de la mixité sociale dans 25 territoires volontaires. Un an plus tard, le nombre de territoires pilote a chuté, les zones les plus ségréguées comme le Nord et la région PACA n’entrent pas dans le champ de l’expérimentation, seul le collège est concerné par ces expérimentations. La première conclusion de l’expérimentation qui peut être tirée dès aujourd’hui est que laisser les collectivités territoriales dans une posture de décideurs, sans objectifs nationaux ne conduit pas à un fort développement des politiques locales de mixité sociale. Par ailleurs, aucune politique de prévention de la ségrégation à l’école, telle que l’intégration d’un volet « mixité sociale » lors de la construction d’un établissement, n’a été promue par le ministère. Les années à venir devront être marquées par une politique volontariste de déségrégation à l’école, arrimée à des objectifs nationaux et se donnant les moyens d’atteindre ses objectifs (communication grand public en direction des parents, formation des enseignants à l’hétérogénéité scolaire dans les apprentissages…).