Comment se mettre à dos l’Europe

Le 45ème président des Etats-Unis est un tel clown qu’on a souvent du mal à le prendre au sérieux. Pourtant, il faut garder à l’esprit qu’il constitue une menace bien réelle. Par exemple, avant même qu’il ne soit investi à son poste suprême, il a montré de quoi il était capable : il enfilé ses gros sabots et s’est exprimé sur l’Europe dans une interview. Il a créé un petit séisme politique en expliquant que le projet européen était une erreur. Et le pire, c’est que ces paroles ont été écoutées par certains européens ! Dernièrement, j’ai en effet assisté à un séminaire à Cannes. Entre deux réunions, j’en ai parlé avec quelques collègues. Et contre toute attente, certains d’entre eux soutenaient le speech du magnat de l’immobilier ! Ceux-là sont visiblement passés à côté d’un point important. Donald Trump moque l’Europe pour une raison précise : il souhaite diviser pour mieux régner. Comme Poutine, il souhaite voir l’Europe se dissoudre. Ces deux-là ne le font pas dans la même logique, évidemment. Pour Poutine, il s’agit plus de renverser le bloc politique que constitue l’Europe, et qui grince à chacune de ses exactions. Pour Trump, en revanche, la question est d’ordre économique : il s’agit de disjoindre chaque membre de l’Union européenne pour pouvoir être en position de force lors des négociations des traités de libre échange. Le milliardaire ne voit le monde qu’à travers le filtre économique. Seulement, en sermonnant aussi frontalement l’Europe, le président américain est à mon sens complètement à la masse : l’importation de produits américains en Europe est à l’origine de plusieurs millions d’emplois aux Etats-Unis. Ces provocations sont donc tout à fait irresponsables, et risquent plus de braquer les clients qu’autre chose. En fait, dès lors que Trump sort de sa politique intérieure, il ne semble pas savoir grand-chose de la scène internationale. Ses remarques sont au ras des pâquerettes, et ses vues plus que réductrices. Pour finir sur une note plus légère, j’ai été séduit par ce séminaire à Cannes : l’organisation y était aux petits oignons.